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L'art de diriger

le Mar 5 Juin - 23:45
Dans une société marquée par une forte hiérarchisation et la stratégie individuelle, l'art du commandement revêt une importance primordiale. J'ai longuement hésité à poster cela, estimant qu'il serait prétentieux, sinon maladroit, de ma part de vous donner des conseils sur ce sujet, mais je crois qu'il est malgré tout nécessaire de vous exposer mes consignes ainsi que mes avertissements à l'égard de telle ou telle attitude à adopter ou bien à bannir. L'exercice de l'autorité ne s'improvise jamais, sachez-le. Il faut obéir à un certain nombre de principes auxquels il convient de ne pas déroger.  L'autorité se définit d'abord comme le pouvoir de commander et d'imposer l'obéissance. Commander et imposer l'obéissance demeurent le but et la raison d'être de tout détenteur d'un pouvoir. Néanmoins, depuis l'existence de l'Helshaar et de la magie, les relations d'autorité changent sensiblement. Ceux qui campent sur leurs positions et appliquent strictement cette définition risquent de se heurter à de grandes difficultés.

Généralités

Etre un Prince charismatique représente l'idéal. En cette matière, hélas, l'égalité n'existe pas. L'autorité naturelle ne s'acquiert pas et ne se dispense en aucune manière de la compétence. Dans la plupart des sociétés océaniennes, il existe, pourtant, de ce point des vue des comportements aux antipodes de cette règle fondamentale : pour savoir diriger, il faut avoir été commandé. Certains princes ignorent le sens du mot obéir, provoquant des situations désastreuses au sein d'un système hiérarchique conçu pour être harmonieux et respectueux des compétences propres aux individus qui le composent. Si vous voulez être obéi, vous devez démontrer à tous que votre démarche s'insère parfaitement dans une organisation intelligible. Pour parler franchement, évitez les décisions à l'emporte-pièce. Cela vous en coûtera. On ne peut décemment pas exiger d'autrui ce que l'on n'est incapable de faire par sois-même.


  • Contrairement à ce que les seigneurs n'ont de cesse de sériner à leurs vassaux, la bienveillance, la proximité avec le peuple, ne sont pas synonyme de faiblesse. Cette disposition particulière de l'esprit constitue un atout. La bienveillance ne vous empêche nullement de dire à vos collaborateurs des paroles peu agréables, à condition de le faire avec précaution. Bannissez la démagogie. C'est la méthode des faibles par excellence. Elle ne résout rien et se solde toujours par la cacophonie et le chaos. Il est d'autre part un autre excès qu'il est préférable d'éviter : l'extrême gentillesse dont certains n'hésiteront pas à profiter sous une forme ou une autre. L'affable s'apparente à la fleur de lotus piétinée par les démons de l'ouragan, ne l'oubliez pas.

    Comme je l'ai dit, le commandement efficace ne se dissocie jamais de l'autorité. Le cas échéant, il s'agirait d'une illusion ou d'une parodie. Cependant, « commander » est un verbe connoté, associé aux métiers des armes. Le commandement de type militaire, du moins en Océania, a été le premier à exister, la guerre ayant constitué pendant des millénaires l'activité principale de cette humanité. Cette conception du commandement est souvent associé à la dureté, la sévérité, l'arbitraire, l'autoritarisme caricaturale et à la bêtise. Des générations de conscrits, il est vrai, ont souvent eu affaire à des détenteurs, souvent peu éclairés, d'une autorité réelle. Or, commander ne se résume pas à donner des ordres et à traiter vos subalternes comme des chiens, à fustiger les récalcitrants et à couper court à toute discussion. Vous devez planifier, prévoir, organiser et décider. Ni plus, ni moins.

    Exercer le pouvoir implique également d'être placé dans cette situation délicate : vous devrez assumer le regard d'autrui et parfois leurs réactions. Dans le milieu militaire, pour convaincre les jeunes chefs de guerre de la nécessité de l'exemple, il est souvent coutume de dire que lorsque le chef est debout, les soldats s'assoient, ou que lorsqu'il est assis, la troupe est couchée. N'oubliez jamais le savoir-être. Il suffit de se comporter avec lucidité, simplicité, mais avec rigueur, quoique le terme véhicule un sens péjoratif. Rigueur ne signifie pas rigorisme, rigidité, ni sévérité, et peut-être que le mot qui convient davantage serait rectitude, bien qu'il soit désuet. L'exemplarité constitue un gage de crédibilité et de cohérence. L'exercice des responsabilités d'un certain niveau est indissociable de la connaissance des déroulés des actions entreprises aux échelons inférieurs de votre hiérarchie.

    Un des rôles importants de celui qui exerce le pouvoir consiste à résoudre les conflits. Qu'importe son degré de responsabilité, le détenteur de l'autorité doit se considérer comme le régulateur des conflits, quoiqu'il n'intervienne pas directement. A mesure que vous atteignez les sommets du pouvoir, vous devez nuancer votre action, et cela ne vous dispense pas de vous tenir au courant des conflits importants et de donner les orientations qui s'imposent. Vous devez parfois vous impliquer personnellement en cas de litiges entre féodaux, de manière à trancher le noeud de la dissension. Il est évident qu'une rigoureuse capacité d'analyse pour comprendre l'implicite, deviner les insinuations et les complots, prime sur l'éloquence. Lorsqu'un conflit éclate, traitez-le au plus vite. Ne le laissez pas dégénérer. Parfois, vous serez confrontés aux dilemmes, et vous devrez faire preuve de courage dans certaines situations. L'impartialité, la proximité, la considération accordées à chacun forment vos atouts. Le Prince doit prendre connaissance de ces réalités humaines et mettre en oeuvre ses compétences, afin de préserver l'harmonie dans le système hiérarchique. Seule une connaissance adroite de vos subordonnés, de leurs qualités et de leurs travers ainsi que de la nature des relations au sein du groupe permet de déceler, d'anticiper, et surtout d'éviter et d'éteindre sans dommages les braises d'un conflit.

    La lucidité est le préalable au jugement. Porter un jugement est souvent un réflexe pour la plupart des êtres humains. Il ne doit pas être systématique pour le chef et encore moins hâtif ou définitif. Il est important de conserver un recul et de ne pas condamner vos interlocuteurs. S'accrocher sur une impression, sur un ressenti sans tenir compte de tout ce qui peut se révéler intéressant à court, moyen ou à long terme, n'est pas la posture d'un Prince serein qui essaie de valoriser tous les talents qui se présentent à lui. Le jugement permet précisément d'identifier, de faire éclore les talents et de les laisser prospérer.

    Rien n'est jamais acquis. Cette petite phrase, apparemment insignifiante, revêt une dimension pratique lorsqu'elle est affectée aux contraintes qui s'imposent au prince. L'exercice du pouvoir ne s'accommode pas de l'état d'esprit de celui qui se figure qu'il a réussi, ou pire, qu'il a définitivement remporté la haute-main... Rien n'est acquis. Diriger, planifier, anticiper, commander implique souvent une remise en question. Le chef ne peut jamais se contenter des acquis et de ses devoirs le contraignent à avancer et à entraîner ses subordonnés et ses collaborateurs sur le chemin qui mène à vos desseins. « Rien n'est jamais acquis » est l'expression qui illustre le caractère particulièrement inconfortable de la position du Prince qui doit composer avec un environnement instable, ainsi que la nécessité de sa vigilance et de sa lucidité au service du peuple dont il gouverne. Rien n'est jamais acquit... Sauf la grâce du Créateur, paraît-il ; et encore, certains s'interrogent. Quoique le rythme d'un jeu des trônes exige dans la phase de décision de prendre en compte les possibles évolutions dans une démarche pragmatique, cela ne justifie en rien les changements d'orientation permanents, au rythme des événements.

    Les excès d'autorité. Certains dirigeants sont malheureusement limités par leurs capacités intellectuelles et réunissent peu des qualités évoquées ci-dessus. Il sont d'autant plus enclins à abuser de leur maigre autorité car il s'agit pour eux de la seule manière d'exister. Leur autorité se traduit souvent par de petites vexations, des propos qui confinent jusqu'à la limite de l'acceptable, des exigences qui dépassent les frontières sans toutefois être excessives, autant de brimades qui empoisonnent les relations. Une attitude systématiquement dévalorisante faite de petits gestes, mimiques ou réactions réprobatrices à l'endroit des subordonnés devient souvent insupportables... Certains se montrent plus manipulateurs. Ils s'appuient sur les faiblesses ou les insuffisances de leurs subalternes pour asseoir leur supériorité. Le cumul de toutes ces aberrations, au demeurant caricaturales, s'avère souvent peu probable, tant la menace de la mutinerie résonne dans les esprits des chefs, mais la nature humaine réserve souvent des occasions de faire reculer les limites de la philantropie... Prudence. Les pires n'hésiteront pas à recourir aux violences physiques.

    La modestie. C'est une armure utile dans les relations d'autorité. Elle se concrétise par une attitude, un comportement individuel, qui est avant tout une disposition de l'esprit. Sa forme ultime, l'humilité, est très rare. La première illustration dans ce domaine est la fâcheuse habitude de certains aristocrates à afficher en toutes circonstances un air de supériorité. Cela produit fréquemment des effets destructeurs au sein des relations. Comme vous le savez, la nature humaine est constituée de telle manière que beaucoup conservent une première impression pour vous juger, surtout si vous avez l'impression d'avoir été déconsidéré ou méprisé. Un détenteur du pouvoir ne doit pas se permettre de déclencher de telles réactions. Un bon Prince est centralisateur, et par conséquent, accorde une confiance limitée à ses collaborateurs. Or commander implique de déléguer, donner des responsabilités à ses subordonnés, leur accorder une marge de manoeuvre et d'autonomie. Cela permet à chacun de prendre sa place et de révéler la mesure de son talent, pour peu que cette opportunité lui soit donnée. Ainsi quiconque peut assumer les responsabilités de son niveau en donnant le meilleur de lui-même. L'incapacité à maîtriser l'égo conduit souvent à des conflits d'opinion et provoque des tensions. Ultime remarque, il n'y a rien de pire en ce domaine que les faux-modestes et les donneurs de leçons, c'est-à-dire ceux qui ont pour habitude de minorer leur mérite, de façon à ce que leur cercle renvoie le message de leur propre valeur. C'est une manière d'agir particulièrement détestable, qui traduit une manifestation de vanité de ceux qui en font l'usage.

    « Je suis votre Prince, vous devez m'obéir en conséquence ». Cette expression est dangereuse à plus d'un titre. Elle réduit la relation hiérarchique à un strict rapport de force et sous-tend que le subalterne est un sous-être qui n'a pour seul droit que se taire, évacuant tous sentiments de cette relation avec un raisonnement par l'absurde. Cette maxime n'est prononcée que par des chefs peu assurés ou qui tentent maladroitement de justifier leurs décisions injustes ou inadaptées par le refus de considérer les subalternes comme des individus pensants et méritants la considération. Réduire un lien d'inter-dépendance d'une telle manière montre une conception très étriquée du commandement de celui ou celle qui exerce l'autorité. En d'autres termes, tenez compte de la dimension humaine de vos relations, des ambitions de chacun, de l'aventure collective, du sens de l'intérêt général qui doit animer ceux qui mènent, qui dirigent et décident. Toute relation hiérarchique comporte un élément affectif. Il peut être négatif ou positif. Nier ceci constitue une faute grave.

    « Le Chef a toujours raison ». Cet humour, si c'en est un, cache souvent une réalité, celle des chefs qui sont convaincus que les responsabilités assurent à celui qui les exercent la science infuse. Très peu avouent, bien entendu, cette conception de l'autorité, mais elle est répandue, notamment dans les sociétés guerrières. La conviction personnelle d'avoir raison, accrue par l'assurance que procure l'exercice du pouvoir, peut aboutir au comportement du chef qui a toujours raison. Les malentendus de ce type et les incompréhensions de cette nature ne peuvent être évités que par un dialogue permanent et une confiance absolue entre le Prince et ses vassaux. La structure féodale attend bien sûr que le Prince se trompe le moins souvent possible et surtout, qu'il soit en mesure de prendre la meilleure décision en dépit des circonstances. En tout état de cause, vous ne devez jamais vous prévaloir d'avoir raison sous prétexte que vous tenez une position élevée dans la hiérarchie.


Pour finir, rien ne nous appartient, nous ne sommes que de passage. Derrière l'aspect inintelligible de cette phrase se dissimule pourtant une évidence : votre personnage mourra. La mort surviendra d'une quelconque manière. Cette maxime suggère donc la relativité des choses, le caractère éphémère du pouvoir... Toutefois, un chef ne doit jamais considérer que ses capacités sont remises en question à la moindre difficulté et qu'inversement, toutes lui réussites lui reviennent. Il doit certes se sentir concerné et responsable ; mais il doit conserver un recul, et ne pas se considérer comme l'unique propriétaire des prérogatives qui lui ont été transmises ou confiées. Il doit songer à son successeur et à la pérennité de sa lignée. Pour cela, il faut une certaine césure, tracer une dichotomie entre les fonctions assumées et l'homme ou la femme qu'il est. Cela lui permet d'évaluer la situation et de considérer son environnement sous le prisme de l'action : passion et raison. Tout ceci ne doit pas avoir effet sur l'engagement personnel, mais lui permettre de situer son action dans son cadre général en conservant le pragmatisme nécessaire.
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